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Le Trégor a écrit avant le pèlerinage

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Pèlerinage Islamo-chrétien

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[*[|Faut-il franchir la ligne Massignon ?|]*]

Louis Massignon a donné en 1954 sa forme et son esprit au pèlerinage islamo-chrétien de Vieux Marché. Une identité aujourd’hui en question. Faut-il étendre l’invitation à d’autres religions ? Non , répondent les tenants ligne originelle qui craignent que l’événement ne soit dénaturé.

Cette année les organisateurs du pèlerinage islamo-chrétien du Vieux Marché auront goûté eux-mêmes aux vertus du dialogue dans la différence. Car ils ont du composer avec deux conceptions assez opposées de l’événement lui-même. Certains ont en effet proposé de convier d’autres religions et pourquoi pas des représentants de la pensée rationnelle athée, à la table des rencontres. En réaction à cette suggestion s’est constituée une sorte de position orthodoxe. Ses partisans s’appuient sur l’esprit qu’a donné Louis Massignon à la rencontre de chrétiens et de musulmans en 1954 alors que la guerre d’Algérie faisait rage. La réunion « d’hommes de bonne volonté venus prier pour une paix sereine dans le respect mutuel » rappelle Louis Claude Duchesne, compagnon de route du fondateur. Mais Patrick Léger, organisateur de longue date n’est pas d’accord pour réduire l’héritage de Massignon à son seul testament religieux. « L’héritage de Louis Massignon invite également à un partage dans le domaine culturel, plaide-t-il. Il ne faudrait pas que le pèlerinage soit uniquement une manifestation cultuelle où les musulmans seraient simplement invités ».

Foi et raison

Au cœur du débat, les lignes de partage s’organisent essentiellement selon que l’on a une approche laïque ou religieuse du pèlerinage. Pour les laïcs, l’événement du Vieux Marché n’a de sens que si la rencontre débouche sur une connaissance mutuelle, acquise par le dialogue et la conversation. Elle s’inscrit dans une démarche de fondation intellectuelle. Cette approche rationnelle justifie, selon eux, que l’on invite des représentants d’autres religions ou courants de pensée. Comme l’explique Patrick Léger : « Il doit y avoir une place pour les gens qui ne s’estiment ni chrétien ni musulman mais pensent avoir quelque chose à apporter au débat ».
Pour les croyants, il s’agit davantage d’un moment de communauté mystique où les uns et les autres se réunissent dans la foi. La rencontre s’appuie d’ailleurs sur un point de convergence théologique précis. Le récit des Dormants d’Ephèse décrit dans la sourate 18 du Coran, et intégré dans la tradition chrétienne, révèle une croyance commune dans la résurrection.

« Pas de dérapage »

Louis Claude Duchesne estime, pour sa part, que l’on cherche à compliquer quelque chose qui ne l’est pas et qu’il conviendrait de « rester dans la simplicité de la pensée de Massignon ». Comme lui, le Père Christian Le Meur , à Plouaret, défend l’idée que s’il n’y avait pas d’événement religieux, il n’y aurait rien. Sans la ferveur du culte et l’enracinement historique les rencontres prendraient un tour purement intellectuel et abstrait. « Il y a d’autres lieux pour le dialogue interreligieux . Ici c’est un dialogue islamo-chrétien. Il y a assez à faire déjà en ce domaine ». Elargir serait « déraper ». Du point de vue catholique, l’église accueille les musulmans comme elle est ouverte à tous les hommes de bonne volonté. Elle a en elle le don du Christ et une parole universelle qui est une bonne nouvelle ». Tout cela garantit « sans prosélytisme ».
Pourtant une difficulté affleure, sur laquelle ont achoppé bien des efforts en faveur de la tolérance interreligieuse : si les musulmans sont accueillis par le clergé comme des hommes comme les autres, , cela suppose qu’ils peuvent entendre la « bonne nouvelle » et éventuellement s’y convertir. Ne faudrait-il pas au contraire qu’ils soient reçus et reconnus en tant que musulmans, c’est-à-dire comme des croyants fidèles à une parole différente ?

Plainte à l’évêché

C’est pour éviter ce piège que certains plaident en faveur de l’espace neutre de la laïcité. Il a déjà fallu cette année accepter de gommer aux entournures la dénomination du pèlerinage. L’évêché a en effet reçu un courrier s’offusquant du rapprochement entre le pardon, breton et chrétien, et la religion musulmane. Du coup il a été décidé, selon les termes de Patrick Léger, de distinguer le pèlerinage islamo-chrétien du pardon des Sept Saints, « pour ne pas prêter le flanc à une critique extrémiste ».
Le terrain est sensible. Preuve encore : le projet de diffuser un film sur les moines de Thibirine, en Algérie, victimes des intégristes musulmans a été moyennement apprécié. Hamid Tahiri, qui participe activement au pèlerinage depuis six ans a failli ne pas venir. Le sujet est maladroit : comment éviter de placer les musulmans modérés dans la position de justifier l’existence des intégristes ? « Je souhaite que l’on ouvre au dialogue sans mettre en avant la religion, défend le représentant des étudiants musulmans de Rennes. C’est un dialogue entre les hommes avant d’être une rencontre entre des croyants ». Hamid Tahiri est partisan d’une réforme et d’une ouverture plus grandes aux autres religions.
De son côté Mohamed Louslati, aumônier musulman dans les prisons du grand ouest, juge que le pèlerinage a pour vocation d’améliorer le vivre ensemble et qu’il conviendrait sans doute que « les diversités culturelles et religieuses qui font partie de la société française » soient présentes lors de cette journée. « On prépare les gens à vivre dans la paix, quelles que soient la race, l’ethnie la religion ou la philosophie. C’est cela l’esprit premier de Massignon ». Pour l’imam, fort d’une expérience du dialogue interreligieux réussie dans l’univers carcéral, le problème relève aussi de l’absence d’une structure du côté musulman, capable de porter la manifestation à égalité avec le clergé catholique. La lettre des extrémistes à l’évêché, le choix de Thibirine en thème principal et la question de la réforme du pèlerinage lui font sagement penser à un proverbe « Il ne faut pas se mettre sous la gouttière pour fuir une goutte d’eau ».

Dimitri Rouchon – Borie

Paru dans LE TREGOR n° 1229 – du 19 au 25 juillet 2007.

[(Unique en Europe

En 1954 Louis Massignon célèbre orientaliste, apprend qu’à Vieux Marché, dans les Côtes d’Armor, une gwerz ancienne raconte la même histoire que la sourate 18 du Coran. Celle des sept Dormants d’Ephèse, emmurés vivants et ressuscités. Il fait de ce point commun la base d’un pèlerinage unique en son genre, qu’il greffe au pardon traditionnel organisé autour de la chapelle des Sept Saints, sur la commune de Vieux Marché. La première édition, en 1954, se déroule en pleine guerre d’Algérie. Une provocation ? Peut-être, mais si la tolérance est à ce prix…)]

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Mis à jour le mardi 2 août 2016