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Accueil > CURIOSITES : culture, tourisme, loisirs > Les Sept Saints et le pèlerinage islamo chrétien > Le pélerinage Islamo Chrétien > Pèlerinage 2008 > Ouest France a écrit

Ouest France a écrit

Ouest France Lundi 28 juillet.

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Le Vieux-Marché

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[|Trois cents fidèles rendent hommage aux sept saints|]

Elle se tient en retrait, à quelques pas de la petite chapelle où se déroule la messe catholique. « Nous sommes quatre ou cinq musulmans, aujourd’hui », estime Nada Aterre, un coup d’œil parmi la foule qui réunit quelque trois cents fidèles. « C’est déjà ça ! », sourit la Marocaine de 23 ans, venue étudier dans une école d’ingénierie lannionnaise il y a deux ans.

Plus souvent désert, le petit hameau du Vieux-Marché a déployé les moyens habituels pour la commémoration de la dormition de sept saints d’Ephèse : parking aménagé dans les champs, buvettes et billetterie en vue du méchoui, puis des animations prévues après l’office. Nada Aterre est venue pour la lecture de la sourate 18. La psalmodie de ce texte coranique, porteur du récit des sept martyrs – communément vénérés par les chrétiens et les musulmans –, clôt la cérémonie depuis 1954. Pour la centaine de fidèles qui n’ont pas pu pénétrer dans la chapelle, comble, des haut-parleurs déversent les orgues et les voix des
Chants célébrés dans le chœur sur le petit jardin qui ceinture l’édifice. « Je suis en pleine découverte : je n’ai vu ça qu’au cinéma », s’enthousiasme la jeune fille, « ravie d’être impliquée à l’événement » malgré ce qui lui apparaît comme « un manque d’information » à destination de la communauté maghrébine et turque de Lannion, « pourtant assez soudée ».

Peu de musulmans « C’est la grande question que je me pose, confiait, la veille, Christophe Roucou, venu officier pour la première fois dans le cadre de la commémoration du martyre des sept saints : combien de musulmans seront présents à nos côtés ? » Il semble donc que leur représentation ait été de l’ordre de 1%, cette année. « Il serait question d’inclure la prière musulmane du midi à la cérémonie… », rapportait, samedi, le prêtre, également directeur du service épiscopal pour les relations avec l’islam. La formule n’aura donc pas été retenue. « Cela risquerait d’être une source de gêne pour les musulmans, tranche Manoël Pénicaud, réalisateur du court-métrage projeté samedi dans le cadre du pardon, Les chemins de la Barraka. Ils auraient l’impression d’être épiés : ils n’aiment pas être regardés pendant la prière. » « Absolument pas », rétorque Nada Aterre en se mêlant au cortège qui s’élance vers « la fontaine aux sept sources », à quelques centaines de mètres en contrebas de la chapelle. « Cela me Semblerait tout à fait normal. Nous avons simplement besoin de porter les vêtements adéquats, pour moi, le foulard et une djellaba ». C’est sous une pluie de déclics qu’est bientôt accueilli l’imam de Rennes, alors qu’il se poste, muni d’un porte-voix, au pied de la fontaine. Entouré de quelques responsables catholiques, il invite bientôt ses frères présents à s’approcher de la source : « Les musulmans, dans leur farouche adoration de la seule transcendance divine, font une exception pour les sept Dormants et tolèrent qu’on élève des sanctuaires à ces martyrs », clame-t-il d’une voix claire. Concentrée, Nada Aterre baisse les yeux, adoptant l’expression impassible qu’elle juge « correcte » pour amorcer
une prière. Avant que la psalmodie de la version arabe de la sourate ne s’élève, vigoureuse et rythmée.

Caroline HEURTAULT.

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Mis à jour le mardi 2 août 2016